Les secrets des costumes pour hommes sur mesure

Il y a un moment que j’ai envie de faire un article sur le travail de tailleur, et de donner quelques explications sur ce qu’il faut savoir sur les costumes sur-mesure . J’ai livré récemment un costume complet pour un marié et, avant de dévoiler les photos du « produit fini », qui m’a pris un temps considérable à réaliser, j’ai envie de vous parler un peu du travail en amont que cela représente, car je pense qu’il est important d’informer sur ce sujet :  consommer responsable et durable, c’est aussi être avisé!

Depuis quelques temps que je prépare cette commande, lorsque j’en parle autour de moi, j’ai eu plusieurs réactions identiques : Enthousiastes quand au fait que je sais réaliser des costumes pour hommes (savoir-faire qui, effectivement, se raréfie), et étonnées lorsque j’avertis et informe du prix qu’il faut compter pour une telle commande. Je me rends compte que les prix pratiqués dans le prêt à porter ont tendance à ôter toutes notions d’ « heures de travail », de « travail artisanal », et de « modèle unique ».

Oui, un costume sur mesure, ça coûte cher, ou disons plutôt, ça coûte une certaine somme, car cela n’est pas forcément « cher » pour ce que c’est. Chez Fils en C, pour un ensemble veste/pantalon en « grande mesure », il faut compter entre 1300 et 1700€, selon les matières, et les détails de finitions choisis. Je fais le choix d’annoncer tout de suite les prix, pour vous expliquer « ce qu’il y a » dans cette somme :

 

Commençons par le début : Ce que les non-initiés (c’est à dire 95% de la population!) ne savent pas, c’est que la principale différence, (en terme de résultat sur le produit fini, je ne parle pas de l’aspect « unique et sur-mesure« ) entre une veste de costume du prêt à porter et une veste faite façon tailleur, c’est l’entoilage. L’entoilage, c’est ce qui est à l’intérieur du devant du veston, entre le tissu de dessus et la doublure, et qui donne toute sa tenue au vêtement. Son rôle est de renforcer le devant, de le maintenir dans cette forme légèrement bombée qui épouse la poitrine de monsieur. C’est un peu la « carcasse » du veston. Et c’est donc, entre-autres, la qualité de l’entoilage qui va déterminer la durée de vie du vêtement, puisque si l’entoilage est « mort », la veste ne sera plus mettable.

En prêt à porter, l’entoilage d’une veste est thermocollé, c’est à dire qu’il est fait dans une matière en non-tissé, et collée sur l’envers du devant du veston. Cela donne de la tenue à la veste… pendant un certain temps. Le thermocollant ne résiste pas bien aux nettoyages à sec successifs, et finit par s’abîmer, et se décoller de la veste, la rendant inutilisable (enfin disons que la veste aura alors une sale allure!). Chez les tailleurs, l’entoilage est fait dans une toile de laine assez rèche qui contient parfois des poils de chèvre, complétée par une seconde toile plus raide, faite également de poils (de chameau ou autre) qui forme le « plastron ». Ces deux toiles sont maintenues ensembles par des points main, que l’on fait sur un coussin de tailleur, afin de former la poitrine. Cet entoilage est maintenu sur le devant du veston par de larges points de bâti que l’on n’enlève qu’à la toute fin de la réalisation de la veste. Autant vous dire qu’avec tous ces fils, les devants d’un veston sont un vrai champ de bataille lors de l’essayage!

Mais ce serait un peu léger de dire que la différence entre du prêt à porter et de la grande mesure s’arrête à l’entoilage. Le fait qu’une veste soit faite entièrement sur mesure (ce qu’on appelle chez les tailleurs la « grande mesure« ) et à la pièce (pas de travail à la chaîne) implique que les étapes de montage sont complètement différentes, par rapport aux techniques de fabrication du prêt-à-porter, fabriqué en grande série (et le plus souvent en Chine…) :  On finit d’abord entièrement les devants, faits et formés avec soin, puis on accroche le dos, puis le col, puis les manches. Les doublures sont posées à la main à toutes les coutures, les ourlets sont également faits à la main, ainsi que les fentes de dos et de bas de manche. Le col est également posé et rabattu entièrement à la main.

Pour l’essayage, le dos et les manches sont bâtis, afin de faire toutes les modifications nécessaires, puis débâtis afin de pouvoir finir les devants de la veste. Cela devrait déjà vous donner une idée de ce que cela représente en terme de travail! Sans oublier les poches, qui sont, pour moi, une des grosses difficultés de la réalisation d’un veston. 3 à l’extérieur (minimum) et 3/4 à l’intérieur, on peut déjà facilement compter une bonne journée de travail juste à faire des poches! Je vous montre ici, de près, la poche goutte, une poche intérieure qui ne se fait plus que chez les tailleurs. Elle est, certes,  assez inutile (elle devait servir jadis pour la montre à gousset), mais tellement belle!

Le col, tout comme les revers de la veste, se doit d’avoir une bonne tenue. Pour cela, le dessous de col (ou du revers) est maintenu avec la toile intérieure, plus raide, par des points invisibles. Si des machines spécifiques sont capables de cela dans le monde de l’industrie, chez les tailleurs, ces points sont faits à la main, en formant la cassure du revers et du col pour qu’elle reste en place. On appelle cela le picotage! Encore une partie du travail invisible, une fois le produit fini, et qui pourtant, a une telle importance pour l’allure finale du vêtement! Sur cette dernière commande, le client voulait pouvoir porter son col relevé, pour plus d’originalité, et nous avons choisi de faire le dessous de col bleu (la couleur phare de leur mariage). Le soin apporté a donc été d’autant plus grand puisque les points de « picotage » devaient être totalement invisibles une fois le col relevé… Voici une photo du col picoté, avant qu’il soit monté sur la veste et recouvert de son tissu principal.

Toutes ces explications sont longues, tout comme le travail qu’il faut pour faire un veston d’homme en grande mesure! Et je m’arrête, raisonnablement, car je pense qu’autrement beaucoup ne me liront pas jusqu’au bout! Mais il faudrait beaucoup plus de lignes, de temps, et d’illustrations pour réellement montrer l’ampleur de la tâche! J’espère avoir pu vous en donner un aperçu!

Je n’ai pas parlé de la qualité des tissus (et des matériaux « intérieurs » également) proposés par Fils en C : C’est évident qu’avec de telles matières, votre costume durera des années, et si vous l’entretenez bien, beaucoup plus longtemps qu’un costume de prêt à porter. Car, rappelons-le, si le mariage est une bonne occasion pour se faire tailler un costume de qualité, à ses mesures, il y a bien d’autres occasions de le porter à nouveau, par la suite (contrairement à la plupart des robes de mariées). Un investissement, plus qu’un « objet unique pour un jour unique », qui vaut bien qu’on y mette le prix de certaines robes de mariées!

 

Voici ci-dessus un aperçu de ce costume fini, mais qui vous réserve des surprises! Costume, gilet, chemise, nœud papillon, ce marié a tout eu en sur-mesure, et en original! A découvrir, donc, l’ensemble de sa tenue, dans un prochain article! Ainsi que la robe de sa dulcinée, également créée par Fils en C! Alors, restez connectés!

2 comments

  1. Bravo Cecile pour cet article qui permettra a tous et a toutes de comprendre l’interet de sd faire faire un costume sur mesure !
    Vivement qu’on puisse voir ce que donne ce costume dans son integralite !
    J’ai hate !

  2. bravo et merci pour les explications !!
    combien d’heures passes tu sur la création d’un costume?
    bon dimanche !!
    Maud

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